Dans le sillage des Patriotes, 1838
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Dans le sillage des Patriotes, 1838

  1. 272 pages
  2. French
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À propos de ce livre

Un vent de rébellion souffle sur le Haut et le Bas-Canada en 1837. Les aspirations des Patriotes seront durement réprimées par l'armée britannique. C'est dans ce contexte que John George Lambton, comte de Durham, est nommé Gouverneur général et y est envoyé en 1838 pour faire rapport sur la situation de la colonie. Il est accompagné de son épouse, Louisa Elizabeth Grey.

Lady Durham tient un journal certes pour rendre compte du quotidien, de ses impressions de voyage et de la vie mondaine qu'ils mèneront, mais surtout pour porter un soutien moral à son époux, alors plongé dans une tourmente politique à Londres. Elle y fait preuve de sollicitude pour la santé et le confort de son mari, alors que la maladie dont il souffre s'aggrave jusqu'à son décès en 1840.

Dans l'entourage de lord Durham se trouve son secrétaire particulier, Edward Ellice ainsi que son épouse Katherine Jane. Alors dans la jeune vingtaine, elle consigne avec beaucoup d'humour et une plume vivante ses observations quotidiennes, en plus de dessiner et de peindre de magnifiques aquarelles. Les événements les rattraperont lorsqu'elle sera faite prisonnière par les Patriotes lors des derniers soulèvements à Beauharnois, point culminant de son récit.

Deux journaux, deux intentions, deux points de vue sur cette page déterminante de notre histoire.

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Informations

Année
2013
ISBN de l'eBook
9782896647996
Journal de Jane Ellice
Traduit de l’anglais (britannique) par Caroline Lavoie
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Source : Bibliothèque et Archives Canada.
Introduction
Née Balfour, Katherine Jane a 24 ans lorsqu’elle accompagne son mari, Edward Ellice, au Bas-Canada, au printemps 1838. Avant son départ, elle avait promis à son beau-père, le très riche et influent seigneur de Beauharnois, de tenir un Journal de son voyage. Ce Ellice, également nommé Edward, connaît bien le Canada pour y avoir vécu de longues périodes et géré à distance un vaste domaine. Il n’est pas étranger à la mission de Durham, qu’il s’est employé à convaincre. Attentif aux moindres détails, il persuade aussi Durham de prendre son fils comme secrétaire particulier et pour que les choses soient bien claires, il s’assure que lady Durham entrevoit positivement la présence de la jeune femme d’Edward.
Au-delà des événements qu’elle relate, Katherine Jane Ellice est en soi un personnage digne d’intérêt. Elle est jeune, jolie, aristocrate, écossaise, amoureuse de son mari, elle parle gaélique, anglais, italien, français (elle se plaît d’ailleurs a saupoudré son écrit de mots tels « à contre cœur », « une fine mouche », « en marmelade », « vive les oranges. ») Elle joue du violon, du piano, chante, danse, particulièrement les danses écossaises, elle peint et nous a laissé de belles scènes de son voyage, adore la poésie, va au théâtre, lit fréquemment, assiste aux courses de chevaux et a une qualité qui transcende à travers tout le récit, elle a de l’esprit : « Monsieur Ponsoby a quitté le vaisseau, je ne l’ai pas vu depuis quelques jours. » Ils sont alors en haute mer…
Moqueuse, mais sans familiarité, réservée, bien qu’insolente à l’occasion, le plus souvent enjouée, elle nous révèle avec ironie ce que pensent les Britanniques de ces Américains qu’elle trouve débraillés, impolis, grossiers et mâcheurs de tabac.
Au sujet des femmes américaines, elle les trouve trop familières : « Je pense que Miss Jones est un excellent exemple de jeune Américaine typique. Très, très jolie, mais d’une grande vulgarité. Voix discordante, caquet déplaisant et si dépourvue de timidité qu’un peu de gêne ne lui ferait pas de mal. Mais à vrai dire, je n’ai pas eu la chance d’en juger encore ».
Lors d’une présence à l’église : « Excellent sermon, prononcé de toute évidence par un Américain ; facile à déduire, en le voyant crachoter, et la manière est fort différence. Le sermon était impressionnant et le texte magnifique : “Mais souviens-toi de ton créateur pendant les jours de ta jeunesse, etc., etc., etc.” ».
Ses remarques les plus incisives sont celles qu’elle tient à propos des manières à table des Américains qu’elle aura l’occasion de rencontrer pendant son court voyage aux États-Unis. Un compagnon de table s’adresse à elle : « “Eh bien, je crois que je vais manger un peu avec vous, on m’a mis de nouvelles dents aujourd’hui… Il ne m’en reste plus qu’une dizaine”. Ça m’a gâché l’appétit… Il s’est assis à côté de moi, en gardant son chapeau sur la tête. J’ai eu très envie de le lui arracher. Après avoir mangé, il est allé s’asseoir sur une chaise berçante et nous a donné d’autres détails d’un grand intérêt sur sa santé dentaire ».
Autre sujet de commentaires, l’esclavage : « L’imbécile a tenté de salir le nom de l’Angleterre. Après, je n’ai pas été surprise de l’entendre défendre les esclavagistes et comparer les Noirs à des ânes et à des singes. J’ai eu du mal à contenir mon indignation ».
Au sujet des Canadiens, elle a une tout autre opinion : « Les gens sont tous très joyeux, de bonne humeur et certains, très avenants ». Elle respecte lord Durham mais ne peut s’empêcher de souligner son « petit caractère » et son comportement : « Si ce n’était de nous, je pense que la famille D. ne parlerait à aucun membre de son infortunée suite. Mais moi, je ne peux supporter un tel formalisme ». Lord Durham, « son excellence », agit comme un homme de caste : « au dîner il s’assit en Majesté silencieuse. » Les repas organisés par lord Durham sont le fait d’un monarque alors que le nombre d’invités varie de quarante à deux cents.
Parfois, il décrète un changement de sortie, Katherine Jane note : « Le Roi l’a dit… » Elle mentionne toutefois que malgré son orgueil excessif, il s’excusera tôt ou tard.
Si Katherine Jane à des réserves et des commentaires ironiques envers lord Durham, avec qui elle converse agréablement malgré sa condescendance, elle préfère la compagnie de son épouse, lady Durham.
Lors de son premier séjour dans la ville de Québec, elle aperçoit le portrait de Louis-Joseph Papineau, on lui dit que ce portrait ne doit pas être déplacé même en raison des événements récents. Elle commente : « Le portrait de Papineau est accroché au mur de la salle du Conseil. On ne doit pas y toucher. Il a un beau visage, astucieux, un peu comme celui de M. Bernal ». En visite à Saratoga, elle a l’occasion de voir Louis-Joseph Papineau qui y est réfugié : « Nous avons également vu Papineau, le héros du jour. De toute évidence, il savait qui nous étions. Il nous a jeté un de ces regards… Je le reconnaîtrai désormais à coup sûr, où qu’il se trouve. Un peu comme M. Brunel, qui a parfois l’air si méchant. Un regard d’aigle… expressif, inquisiteur… j’en ai eu froid dans le dos, mais ça ne me déplairait pourtant pas de le revoir… Son portrait de Québec est très ressemblant. Il se promenait avec une dame, en discutant plaisamment, quand son regard est tombé sur E. [Edward] Son attitude a alors tant changé que je me suis serrée sur E. et lui ai broyé le bras ».
Katherine Jane Ellice est une artiste dans l’âme, ses commentaires sont souvent ceux d’une peintre accomplie ; elle décrit précisément les traits physiques et les caractères des personnes rencontrées, elle apprécie la beauté, mais elle ne concède rien quant à la valeur humaine.
Des gens de la ville de Québec elle écrira : « Les autres ne semblent pas trop aimer Québec, mais moi, j’adore cette ville ! Les habitants ont l’air tellement jovial, dans leurs calèches aux clochettes tintantes, criant sous tous les tons “Marche donc !” » ou encore « Je n’ai jamais vu autant de gens si simples. »Parfois, elle se moquera d’eux. Ainsi, lorsqu’ils sont reçus avec lord et lady Durham chez les Ursulines et que la fête organisée par les religieuses est fort naïve : « Les efforts que nous fîmes pour ne pas s’esclaffer… »
Les Ellice sont des aristocrates, très près de l’époque féodale, car leurs occupations sont la discussion, le chant, la danse, la lecture, la pêche (ils pêcheront l’anguille et l’esturgeon) et la chasse. À Beauharnois, « Édouard tire sur tout sans considération […] sur le lac, il tue deux pics-bois aux couleurs magnifiques sans raison autre que de chasser… » La musique ainsi que le théâtre complètent leurs loisirs.
Katherine Jane Ellice est croyante, mais elle ne peut s’empêcher de trouver les Canadiens ignorants et leurs cérémonies religieuses bien naïves, et « quelle idée » que les curés catholiques ne puissent avoir de ménagère en-dessous de quarante ans…
Malgré toutes les splendeurs qu’elle découvrira lors de ce voyage en Amérique, elle subira des difficultés de transport des plus déplaisantes en raison des régions accidentées, de l’état des routes et des transports, durs et parfois dangereux. Ainsi, à bord d’un train dont la locomotive crache le feu, sa robe est une perte totale et elle s’en tire de justesse. Quant aux vapeurs, ils tanguent dangereusement, car trop souvent surchargés, ils sont vétustes. Après avoir quitté l’un de ces vapeurs, elle découvre les hôtels minables, la nourriture fade et les punaises : « Un lit juste assez grand avec quantité de punaises, d’araignées et de maringouins ».
Évidemment, Jane a tendance à exagérer, surtout avec le supplice des moustiques, mais elle se montre particulièrement raisonnable quand les rebelles attaquent le manoir et que son mari est leur prisonnier pendant une semaine. Elle évite même de porter des jugements.
Tout au long de son journal, elle jette un regard simple et vrai sur le pays qu’elle visite, sa population, y compris les Indiens de Lorette ou de Saint-Régis.
Il existe peu de document de cette nature sur cette période agitée. Le journal de Jane Ellice est un bain de fraîcheur et de vérité. Il permet aussi de mieux situer Durham et son célèbre rapport. Voilà une raison parmi plusieurs qui m’ont amené à en proposer la publication en français aux éditions du Septentrion. Je suis particulièrement heureux que l’éditeur ait décidé d’inclure les œuvres de Jane Ellice qui sont conservées à Bibliothèque et Archives Canada et de joindre le journal de lady Durham. Le dernier mot n’a pas été écrit sur cette période trouble de l’histoire du Québec.
ALAIN MESSIER
Le voyage
MARDI 24 AVRIL 1838
Embarqués à Portsmouth sur le Hastings. Capitaine Lock[106].
Belle journée. Ellice Père[107] et John[108] sont venus à bord. Je partage une cabine avec Tina. C’est la première fois que je dors dans une couchette.
Lord et Lady Durham, Mary, Emily et Alice Lambton, George Lambton[109], Mlle Bonnet et M. Saddler, tuteur, M. [Coke] Smythe, maître dessinateur ou artiste.
Edward Ellice, secrétaire particulier[110].
M. Turton, conseiller juridique.
M. Bouverie, Charle...

Table des matières

  1. Dans le sillage des patriotes
  2. La mission de Durham à travers le journal de deux femmes, Jane Balfour[] et Louisa Grey[]
  3. Journal de lady Durham
  4. Journal de Jane Ellice
  5. Crédit

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