Étude approfondie de l’œuvre
Le contexte
Le contexte littéraire
Le théâtre du xxe siècle est, à la suite de celui des XVIIIe et XIXe siècles, un théâtre de la remise en question des conventions, des traditions dramaturgiques, mais cette remise en cause se fait de manière plus radicale que précédemment. Apogée de ce mouvement de contestation, le Théâtre de l’Absurde (M. Esslin), ou anti-théâtre, dans les années 1950-1960, bouleverse les notions d’action, de personnage, de dialogue. L’intrigue, ainsi, se réduit désormais à peu de chose, voire se trouve totalement évacuée, comme en témoigne par exemple En attendant Godot de Beckett, qui met en scène une action qui se résume à une attente vaine. Le personnage subit lui aussi une dégradation : il n’est plus un héros, incarnant des valeurs et des principes intransigeants, comme dans le théâtre de Corneille, il devient un clochard, un éclopé qui n’a rien à faire (En attendant Godot, Oh les beaux jours, Beckett), un personnage creux, interchangeable à volonté (La Cantatrice chauve, La Leçon, Ionesco).
Les pièces du Théâtre de l’Absurde soulignent encore la difficulté voire l’impossibilité à communiquer, la fatalité qui fait que l’homme doit se résoudre à ne pouvoir échanger que des banalités, des paroles creuses (La Cantatrice chauve, Les Chaises, Ionesco), suggérant la profonde solitude de chacun dans la société et dans un monde que Dieu semble avoir abandonné. Ce théâtre met ainsi en scène le sentiment de l’anxiété métaphysique face à l’absurdité de la condition humaine (M. Esslin).
Les auteurs de cette décennie jouent encore avec des potentialités jusque-là inexplorées du théâtre et de la parole : un dramaturge comme Tardieu écrit La Comédie du langage, dans laquelle de courtes pièces transforment en une symphonie, dirigée par un chef d’orchestre, les répliques des personnages (Conversation-sinfonietta), postulent la compréhension du public malgré le fait qu’il y ait un mot pour un autre… Jean-Luc Lagarce, héritier de cette mouvance, en reprend globalement les principes : minceur de l’action, difficulté à parler, musicalité de la parole, représentation de personnages pleins de banalité… – tout cela anime son écriture, en particulier celle de Juste la fin du monde.
Les influences étrangères
Certains auteurs étrangers de la modernité, par ailleurs, semblent exercer leur influence sur Jean-Luc Lagarce. C’est d’abord le cas de Tchekhov, auteur russe, à qui le dramaturge français consacre une analyse dans son mémoire de maîtrise intitulé Théâtre et Pouvoir en Occident, au sujet duquel il écrit :
Disparition de l’intrigue au profit d’une atmosphère, abandon des procédés dramatiques conventionnels, temps comme suspendu, action dépourvue d’éléments sensationnels : ce sont là des caractéristiques que l’on pourrait attribuer à bon nombre de pièces de Lagarce, dont Juste la fin du monde.
De l’influence du théâtre du dramaturge suédois Strindberg, on pourra retenir par ailleurs peut-être la concentration sur l’intimité, le déploiement d’une scène propice aux confidences. Une pièce comme La Maison brûlée (1907) entretient de nombreux points communs avec l’œuvre au programme. Le personnage de l’Étranger y revient chez lui après une longue absence en Amérique. Son retour implique une vaste rétrospection, qui n’est pas sans rappeler celle que vit le personnage de Louis dans notre pièce.
Enfin, l’influence de Maeterlinck (Pelleas et Melisande, 1892), e...