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L' Homme agressif
Ă propos de ce livre
L'agressivité est-elle une fatalité biologique ? Sommes-nous condamnés à la violence et parfois au crime ? Un livre capital pour comprendre les mécanismes de l'agressivité, un livre qui, loin du seul champ de la recherche, implique chacun d'entre nous dans le traitement de ce fléau de l'humanité qu'est la violence. Pierre Karli, membre de l'Académie des sciences, est professeur de neurophysiologie à la Faculté de médecine de l'université Louis-Pasteur de Strasbourg.
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PsychologyCHAPITRE 1
Quâest-ce que lâagressivitĂ© ?
Il suffit dâaligner quelques citations, choisies parmi beaucoup dâautres, pour mettre en lumiĂšre la façon pĂ©remptoire dont certains font appel, pour « expliquer » les violences humaines, Ă notre hĂ©ritage biologique, Ă cette fatalitĂ© qui serait liĂ©e Ă la persistance et Ă la rĂ©surgence de « la bĂȘte en lâhomme ». On peut citer, en particulier, quelques affirmations extraites de deux ouvrages qui ont eu, lâun comme lâautre, un grand retentissement. Dans lâAgression. Une histoire naturelle du Mal, Konrad Lorenz (1969) met lâaccent sur « cette quantitĂ© nĂ©faste dâagressivitĂ© dont une hĂ©rĂ©ditĂ© malsaine pĂ©nĂštre encore lâhomme dâaujourdâhui jusquâĂ la moelle ». Et il voit « lâhomme tel quâil est aujourdâhui, avec, dans sa main, la bombe H, produit de son intelligence, et, dans son cĆur, lâinstinct dâagression hĂ©ritĂ© de ses ancĂȘtres anthropoĂŻdes et que sa raison ne peut pas contrĂŽler ». De son cĂŽtĂ©, Robert Ardrey (1963) affirme, dans les Enfants de CaĂŻn, que « lâhomme est une bĂȘte de proie dont lâinstinct est de tuer Ă lâaide dâune arme » et que « Ă notre naissance, nous sommes tous des graines de tueurs ». Il considĂšre que « notre destin puise ses sources dans ces profondeurs animales » et que « nous ne pouvons pas bĂątir notre destin avec dâautres bases que celles-lĂ , avec dâautres fondations que ces fondations-là ». Et, sur sa lancĂ©e, il nâhĂ©site pas Ă soutenir que « le dĂ©linquant est libre, il laisse jouer ses instincts naturels, ancestraux, normaux. Câest lui, lâhomme libre, et non les fils inhibĂ©s des bonnes familles. La vraie libertĂ© est dĂ©pourvue dâinhibitions ».
Affirmer lâexistence dâun « instinct dâagression », celle dâ« impulsions destructrices violentes quâon ne saurait contenir quâavec difficultĂ© », conduit alors aisĂ©ment Ă estimer quâil est « probable que le reniement ou la rĂ©pression de nos pulsions agressives risque de crĂ©er une dysharmonie en nous-mĂȘme, mĂȘme sâil est souhaitable que nous puissions nous en dĂ©barrasser1 ». ConsidĂ©rant que ces pulsions agressives trouvaient dans la guerre « une voie opportune pour se dĂ©charger » (an acceptable channel for discharge), mais que cette possibilitĂ© nâest plus offerte que par « des guerres entre des nations qui ne possĂšdent pas dâarmes atomiques », Storr arrive Ă la conclusion que « notre seul espoir est que nous puissions poursuivre la guerre par des moyens autres que la façon primitive qui consiste Ă nous entre-tuer ».
Que nous en ayons toujours conscience ou non, cette façon de voir les choses imprĂšgne plus ou moins profondĂ©ment nos mentalitĂ©s. Ă telle enseigne quâau lendemain des tragiques massacres de Sabra et de Chatila au Liban, les lecteurs du Matin de Paris (20 septembre 1982) nâont vraisemblablement Ă©tĂ© nullement surpris de lire, sous la plume de Roger Ikor, lâ« explication » (tout au moins partielle) suivante : « Cet animal en voie dâĂ©mergence vers lâhumain quâon appelle Homme plonge encore profondĂ©ment ses racines dans la bestialitĂ©. » Dans un monde oĂč tout bouge, oĂč des mythes naissent et disparaissent, on doit sâinterroger sur la pĂ©rennitĂ© de ce mythe de « la bĂȘte en lâhomme ». La raison majeure en est trĂšs certainement quâil sert dâalibi et de bouc Ă©missaire commodes et quâil nous permet ainsi dâesquiver nos propres responsabilitĂ©s. GrĂące Ă lui, le chĆur de la tragĂ©die antique peut se mettre au goĂ»t du jour (car la « colĂšre des dieux » est passĂ©e de mode) : on se lamente sur cette fatalitĂ© biologique⊠et on sâen lave les mains ! De plus, dans cette perspective dâune fatalitĂ© dâordre biologique, on sera tentĂ© de penser quâil suffit de demander aux « spĂ©cialistes du cerveau » dâagir sur cet organe (pour bloquer la genĂšse de lâ« agressivitĂ© » ou pour empĂȘcher quâelle ne sâexprime dans quelque « passage Ă lâacte ») et quâon peut donc se dispenser dâagir sur autre chose.
Mais ce mythe a un autre inconvĂ©nient majeur. Durant (1981) attire avec raison lâattention sur le fait que des conceptions particuliĂšres de lâhomme et de la sociĂ©tĂ© humaine sont projetĂ©es dans la nature pour ĂȘtre ensuite rĂ©cupĂ©rĂ©es sous une forme naturaliste plus forte et plus contraignante. Or lorsquâil est ainsi fait appel Ă la nature pour conforter certaines valeurs sociales, les donnĂ©es dâordre biologique qui sont invoquĂ©es servent plus souvent « Ă tracer des limites pessimistes Ă ce qui est humainement possible » quâĂ crĂ©er « un contexte dâoptimisme et dâencouragement ». Cela nâest nullement indiffĂ©rent, dans la mesure oĂč ce que les hommes entreprennent et accomplissent dĂ©pend de ce quâils croient ĂȘtre possible.
Puisquâil vient dâĂȘtre question dâun mythe particulier, il nâest pas inutile de souligner le rĂŽle jouĂ© â de façon beaucoup plus gĂ©nĂ©rale â par certains mythes dans la genĂšse des conflits. Le mythe est alors mobile pour les uns, prĂ©texte pour les autres, et justification pour tous. LâHistoire est jalonnĂ©e de guerres conduites au nom de la « vraie Foi », du « Destin vĂ©ridique de lâhomme », ou de la « Civilisation ». On peut lire, au-dessus de la porte de la chapelle de Notre-Dame-de-Buei (prĂšs de Guillaumes, dans les Alpes-Maritimes), lâinscription suivante : « Da nobis virtutem contra hostes tuos » (donne-nous la force contre tes ennemis). Il suffit donc de dĂ©signer ceux que â pour une raison quelconque â lâon considĂšre comme ses propres ennemis ou comme Ă©tant des « ennemis de Dieu » pour que la guerre devienne « juste » et que lâamour du prochain puisse cĂ©der la place, en toute lĂ©gitimitĂ©, Ă la haine de lâennemi. Pour illustrer certains des mythes qui ont mobilisĂ© les Français au cours de leur histoire, lâAllemand Sieburg fait les trois citations suivantes2 : « Ceux qui font la guerre au Saint Royaume de France, font la guerre au Roi JĂ©sus » (Jeanne dâArc) ; « La vĂ©ritable force de la RĂ©publique française doit consister dĂ©sormais Ă ne laisser surgir aucune idĂ©e qui ne lui appartienne » (Bonaparte) ; « Dieu avait besoin de la France » (lâĂ©vĂȘque de Versailles, 1917). MĂȘme de nos jours, on peut entendre des chefs dâĂtat jeter en quelque sorte lâanathĂšme sur le « Grand Satan » ou sur lâ« Empire du Mal ». Puisque « en politique, ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai » (selon M. de Talleyrand, qui Ă©tait orfĂšvre en la matiĂšre), la « langue de bois » a encore de beaux jours devant elle. Et il semble bien quâil sâagisse lĂ dâun phĂ©nomĂšne fort ancien, car Confucius dĂ©clarait dĂ©jĂ que sâil devait gouverner, il commencerait par « restaurer le sens des mots ».
Pour ce qui nous concerne, câest avant tout le sens du mot « agressivitĂ© » quâil importe dâexaminer et de clarifier.
La notion dâ« agressivitĂ© ».
Cette notion est Ă la fois floue et ambiguĂ«, du fait quâelle amalgame le plus souvent â et quelle que soit la nature du discours â deux aspects des choses quâil importe prĂ©cisĂ©ment de distinguer. Quâon lâutilise dans la langue courante ou savante, on confond gĂ©nĂ©ralement ses vertus descriptives et les vertus explicatives quâon lui prĂȘte.
Le terme dâ« agressivitĂ© » est utile et il ne pose pas de problĂšmes, aussi longtemps que son usage se limite Ă ses seules vertus descriptives.
Pour le biologiste, la rĂ©alitĂ© concrĂšte et premiĂšre est constituĂ©e â dans ce domaine â par lâexistence, Ă travers tout le rĂšgne animal, dâun ensemble de comportements qualifiĂ©s dâagressifs (qui portent atteinte, ou tout au moins risquent de porter atteinte, Ă lâintĂ©gritĂ© physique et/ou psychique dâun autre ĂȘtre vivant). Du fait de lâuniversalitĂ© de semblables phĂ©nomĂšnes comportementaux, on est conduit tout naturellement Ă en abstraire un caractĂšre gĂ©nĂ©rique et Ă parler de manifestations dâagressivitĂ©. DĂšs lors que le terme est utilisĂ© pour dĂ©crire et apprĂ©cier une catĂ©gorie de phĂ©nomĂšnes, dâĂ©vĂ©nements, il nâest pas absolument nĂ©cessaire de lui donner une dĂ©finition prĂ©cise. On peut laisser libre cours Ă tout usage mĂ©taphorique (on peut â ou non â dire dâune dĂ©marche empreinte de volontĂ©, dâassurance et de dynamisme, quâelle est empreinte dâ« agressivitĂ© ») et Ă la libertĂ© dâapprĂ©ciation de chacun (de la mĂȘme façon que tout le monde nâest pas dâaccord sur ce quâil convient de qualifier de « beau » ou de « bon », on peut ne pas ĂȘtre dâaccord pour considĂ©rer que telle attitude ou tel comportement constituent â ou non â des manifestations dâ« agressivitĂ© »).
Des implications tout autres apparaissent dĂšs lors quâun glissement sĂ©mantique se produit des manifestations dâagressivitĂ© vers les manifestations « de lâagressivitĂ© », et quâon glisse ainsi des vertus purement descriptives de cette notion vers des vertus explicatives, causales. En effet, la notion gĂ©nĂ©rique et abstraite dâagressivitĂ© subit ainsi un processus de rĂ©ification (de « chosification ») et lâAgressivitĂ© devient une entitĂ© naturelle, la rĂ©alitĂ© premiĂšre dont dĂ©coulent les diverses manifestations observĂ©es dans le rĂšgne animal, y compris dans lâespĂšce humaine. En dâautres termes, un glissement sâopĂšre vers une vision quasi platonicienne dâune idĂ©e dâordre psychobiologique douĂ©e dâexistence autonome, câest-Ă -dire indĂ©pendante de lâesprit qui lâa conçue comme une abstraction Ă partir dâune rĂ©alitĂ© Ă la fois diverse et universelle. LâAgressivitĂ© devient ainsi la source commune dâoĂč jaillissent toutes les agressions.
Lâinstinct dâagression : mythe ou rĂ©alitĂ© ? La thĂ©orie de K. Lorenz.
Ătant donnĂ© quâon se rĂ©fĂšre le plus souvent Ă la caution scientifique apportĂ©e par Konrad Lorenz Ă la notion de lâexistence dâune pulsion agressive, toutes les fois quâon sâinterroge sur les causes de telle ou telle forme de violence, il importe de prendre position sur la valeur de cette caution. On prĂ©sente habituellement la conception de Lorenz en disant quâil postule lâexistence dâune pulsion agressive sous la forme dâune Ă©nergie spĂ©cifique endogĂšne qui sâaccumulerait progressivement au sein de lâindividu et qui sâextĂ©rioriserait, se « dĂ©chargerait » ensuite nĂ©cessairement dâune façon ou dâune autre. Certains font allusion Ă ce postulat en se rĂ©fĂ©rant, de façon quelque peu irrĂ©vĂ©rencieuse mais trĂšs parlante, Ă la thĂ©orie de la « chasse dâeau », qui Ă©voque bien la notion quâil suffit de peu de chose (dâun « dĂ©clencheur ») pour que sâĂ©coule inĂ©luctablement lâĂ©nergie spĂ©cifique (lâ« agressivitĂ© ») prĂ©alablement accumulĂ©e. Eibl-Eibesfeldt, qui est un Ă©lĂšve de Lorenz et qui partage â avec dâimportantes nuances â sa façon de voir les choses, regrette non sans raison que la conception de Lorenz soit souvent prĂ©sentĂ©e de façon simpliste et, partant, caricaturale3. Mais il faut bien dire que, par sa maniĂšre de poser les questions et dây rĂ©pondre, Lorenz sâexpose lui-mĂȘme Ă des critiques parfaitement justifiĂ©es. Il construit, par touches successives, un systĂšme qui peut â au premier abord â sĂ©duire le lecteur par sa cohĂ©rence et par le caractĂšre universel de ses vertus explicatives. En rĂ©alitĂ©, ces vertus tiennent trĂšs largement au fait quâun nouveau postulat est ajoutĂ© aux prĂ©cĂ©dents toutes les fois quâil apparaĂźt que ces derniers ne suffisent plus pour rendre compte de telle ou telle observation nouvelle. Et le passage semble souvent rapide de lâhypothĂšse (tout se passe comme siâŠ) Ă lâaffirmation (cela est ainsi). De plus, comme il sâagit, pour lâessentiel, dâun essai dâinterprĂ©tation de comportements actuels sur la base dâĂ©vĂ©nements et de processus qui se seraient dĂ©roulĂ©s au cours de lâhistoire Ă©volutive, il est difficile de vĂ©rifier â grĂące Ă des dĂ©marches expĂ©rimentales appropriĂ©es â le bien-fondĂ© des affirmations Ă©noncĂ©es.
On ne fera guĂšre avancer le dĂ©bat, Ă propos des idĂ©es de Lorenz, en dĂ©clarant simplement quâon est dâaccord avec lui ou quâon ne lâest pas. Mais si on ne partage pas ses idĂ©es, il ne peut ĂȘtre question de se livrer â ici â Ă une analyse critique exhaustive de son ouvrage4. Il suffira de souligner quelques ambiguĂŻtĂ©s, contradictions et lacunes qui motivent cette prise de position nĂ©gative. Ătant donnĂ© que la notion de lâ« instinct dâagression » occupe une position centrale dans la rĂ©flexion de Lorenz, on aimerait pouvoir saisir ce quâil entend prĂ©cisĂ©ment par « instinct ». Or, on constate quâil ne fait aucune distinction claire entre le « comportement instinctif » tel que lâobservateur peut lâapprĂ©hender de lâextĂ©rieur et la « force » endogĂšne dont il serait la projection vers lâextĂ©rieur. Lorsque Lorenz Ă©crit, Ă propos de « mouvements instinctifs » relativement simples, que « chacune de ces coordinations hĂ©rĂ©ditaires a sa spontanĂ©itĂ© propre », et quâil sâinterroge sur le rĂŽle jouĂ© par lâ« agression » (qui est un comportement observable) « dans le grand orchestre des pulsions », on croit comprendre quâil utilise la notion dâinstinct ou de pulsion pour faire allusion au caractĂšre « innĂ© », gĂ©nĂ©tiquement prĂ©programmĂ©, dâun schĂšme moteur plus ou moins complexe, avec une activitĂ© spontanĂ©e du substrat nerveux qui assure son exĂ©cution. Mais tel nâest pas le cas, et lâinstinct doit comporter une source dâĂ©nergie autre que la seule activitĂ© du gĂ©nĂ©rateur du mouvement, puisquâil est prĂ©cisĂ© ailleurs que chaque « coordination hĂ©rĂ©ditaire⊠force lâanimal ou lâhomme Ă se mettre en route pour chercher activement les stimuli particuliers propres Ă dĂ©clencher prĂ©cisĂ©ment cette coordination hĂ©rĂ©ditaire, Ă lâexclusion de toute autre ». Dâailleurs, si Lorenz dit (dans une phrase citĂ©e plus haut) que lâhomme porte lâinstinct dâagression « dans son cĆur », il ne veut certainement pas dire simplement, en utilisant cette image, que des comportements dâagression figurent parmi les moyens dâaction dont dispose lâĂȘtre humain pour faire face Ă certaines situations. Bien au contraire, la pulsion agressive surgit « spontanĂ©ment du cĆur de lâhomme », et « câest la spontanĂ©itĂ© de cet instinct qui le rend si redoutable ». Et Lorenz ajoute : « Sâil nâĂ©tait quâune rĂ©action contre certains facteurs extĂ©rieurs, comme le prĂ©tendent de nombreux sociologues et psychologues, la situation de lâhumanitĂ© ne serait pas aussi pĂ©rilleuse quâelle lâest, car, dans ce cas, les facteurs qui suscitent de telles rĂ©actions pourraient ĂȘtre Ă©tudiĂ©s et Ă©liminĂ©s avec quelque espoir de succĂšs. » Mais câest une « idĂ©e absolument fausse », celle qui considĂšre que « le comportement animal et humain est en premier lieu rĂ©actif (câest Lorenz qui souligne) et donc, mĂȘme sâil contenait aussi certains Ă©lĂ©ments innĂ©s, modifiable par lâapprentissage ».
Il apparaĂźt donc que lâ« agressivitĂ© » ou lâ« instinct dâagression » correspond, pour Lorenz, non pas Ă la seule existence de comportements dâagression en tant que tels, mais bien Ă celle dâune Ă©nergie endogĂšne spĂ©cifique qui doit se « dĂ©charger » sous la forme de semblables comportements. Et, pourtant, une ambiguĂŻtĂ© rĂ©apparaĂźt lorsquâil est question du rĂŽle jouĂ©, dans lâĂ©volution des comportements, par la fonction de lâagression. En effet, Lorenz parle indiffĂ©remment de la fonction de lâagression et de la fonction de la pulsion agressive. Or, si lâon conçoit quâun processus de sĂ©lection naturelle puisse agir sur une certaine forme dâagression qui assure â pour chacun des individus qui la prĂ©sentent â une certaine fonction dans des circonstances dĂ©terminĂ©es, on voit mal comment lâĂ©volution aurait pu donner naissance Ă une pulsion agressive « tous azimuts » (puisquâelle est censĂ©e sâexprimer dans les diverses formes dâagression qui assurent de multiples fonctions dans des circonstances trĂšs variĂ©es ; et puisque, faute dâavoir des congĂ©nĂšres Ă leur portĂ©e, certains animaux sont « rĂ©duits Ă se dĂ©fouler sur nâimporte quel autre objet »). Une semblable pulsion agressive paraĂźt plutĂŽt constituer un vĂ©ritable non-sens biologique, susceptible de conduire rapidement le monde animal Ă sa disparition.
La notion de « ritualisation » de lâagression.
Ayant ainsi postulĂ© lâexistence dâun instinct fort « redoutable » (puisque lâ« agressivitĂ© » est dĂ©finie par Lorenz comme Ă©tant « lâinstinct de combat de lâanimal et de lâhomme dirigĂ© contre son propre congĂ©nĂšre »), et conscient de ses effets hautement prĂ©judiciables Ă la vie, Lorenz est nĂ©cessairement conduit (nĂ©cessitĂ© fait ici loi !) Ă postuler le dĂ©veloppement de « mĂ©canismes physiologiques de comportement dont la fonction est dâempĂȘcher que des congĂ©nĂšres ne se lĂšsent et ne sâentre-tuent ». Aussi nous parle-t-il de « lâĂ©chappatoire la plus ingĂ©nieuse que lâĂ©volution ait inventĂ©e pour diriger lâagression vers des voies inoffensives », Ă savoir « la dĂ©viation ou rĂ©orientation de lâattaque » grĂące au processus de la « ritualisation ». Des mouvements instinctifs, impulsĂ©s par lâinstinct dâagression, changeraient ainsi Ă la fois de forme et de fonction. En effet, « ce nâest pas seulement la forme de ces mouvements qui, au cours de la ritualisation progressive, sâĂ©loigne considĂ©rablement de celle du modĂšle non ritualisĂ©. Câest aussi sa signification ». Comme lâinstinct dâagression doit, Ă la longue, se sentir mal Ă lâaise dâavoir ainsi Ă impulser Ă la fois des mouvements qui se veulent agressifs et dâautres qui doivent ĂȘtre parfaitement inoffensifs (« ritualisĂ©s »), Lorenz Ă©nonce un autre postulat, Ă savoir que les mouvements « ritualisĂ©s » vont ĂȘtre progressivement impulsĂ©s par un instinct qui leur sera propre. En effet, « le processus de la ritualisation phylogĂ©nĂ©tique fait naĂźtre, dans chaque cas, un instinct nouveau et parfaitement autonome » (câest Lorenz qui souligne) et « câest aux pulsions créées par la rituali...
Table des matiĂšres
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Dédicace
- Introduction
- Chapitre 1 - Quâest-ce que lâagressivité ?
- Chapitre 2 - Les interactions du cerveau et du comportement, une commune histoire
- Chapitre 3 - Les comportements et leurs motivations
- Chapitre 4 - Neurobiologie des processus de motivation et de décision
- Chapitre 5 - Comment peut-on modifier le comportement ?
- Chapitre 6 - Les facteurs qui contribuent Ă Â dĂ©terminer la probabilitĂ© dâune agression
- Chapitre 7 - Neurobiologie des comportements dâagression
- Chapitre 8 - En guise de conclusion : ⊠que faire ?
- Bibliographie
- Glossaire
- Table
Foire aux questions
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